Alertes clients : Electromust et les commandes non‐livrées, que faire ?

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Vous avez passé commande, votre compte a été débité, puis plus rien. Des semaines passent, le service client ne répond plus, vos mails restent lettre morte. Cette sensation d’impuissance, des centaines de clients d’Electromust l’ont vécue en 2016. Reste une question brûlante : comment récupérer son argent quand l’entreprise a déjà mis la clé sous la porte ?

L’effondrement d’Electromust : ce qui s’est vraiment passé

Le 14 septembre 2016, la liquidation judiciaire frappe Electromust, Electrosigma et Vp-discount. Une date qui sonne le glas pour des centaines de consommateurs. L’enquête policière révèle un bilan accablant : 386 victimes officiellement recensées, certaines sources évoquent même plus de 500 personnes lésées. Les préjudices individuels oscillent entre 500 et 700 euros, pour un total dépassant les 216 000 euros.

Le plus révoltant dans cette histoire ? La société continuait à encaisser les commandes alors qu’elle savait pertinemment ne plus pouvoir honorer les livraisons. Fin août 2016, les clients reçoivent un mail signé Georges Konstantaras, président de Pemiblanc Merchandising, gestionnaire des sites. Dans ce long message, il évoque la cessation de paiement de l’entreprise. Quatre ans plus tard, en octobre 2020, le PDG comparaît devant le tribunal et écope de 15 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende. La société Pemiblanc Merchandising, déjà en liquidation, reçoit une amende de 150 000 euros.

Les témoignages qui font froid dans le dos

Derrière les statistiques se cachent des histoires humaines. Les forums regorgent de témoignages poignants. Certains clients ont versé des sommes considérables, entre 800 et 1600 euros, pour des appareils électroménagers jamais livrés. Les scénarios se répètent avec une régularité glaçante : commande passée en toute confiance, paiement immédiatement encaissé, puis le silence radio.

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Les victimes d’Electromust ont constaté un schéma récurrent dans leurs mésaventures :

  • Les paiements encaissés immédiatement après la commande, sans délai
  • Des références de livreurs fantômes, impossibles à tracer
  • Un service client devenu totalement injoignable au fil des semaines
  • Des promesses de livraison repoussées indéfiniment, jusqu’au mail fatidique

Ce qui frappe dans ces récits, c’est l’espoir qui s’effrite progressivement. Les clients attendent, patientent, relancent. Puis vient le moment où ils comprennent qu’ils ne reverront probablement jamais ni leur argent ni leur marchandise. Au final, 246 victimes ont été indemnisées selon la décision judiciaire de décembre 2020, mais combien d’autres attendent encore ?

Vos droits face à une commande non livrée

Le Code de la consommation français protège les acheteurs avec des règles strictes. L’article L216-1 impose au vendeur de livrer dans les 30 jours maximum suivant la conclusion du contrat, sauf si une date précise a été convenue. Ce délai n’est pas une simple recommandation, c’est une obligation légale.

Le vendeur reste responsable de la marchandise jusqu’à ce qu’elle arrive physiquement chez vous. Pas question pour lui de rejeter la faute sur le transporteur. Les articles L216-2 et L216-3 du Code précisent que tant que vous n’avez pas reçu le bien, le professionnel en demeure propriétaire et donc responsable. Si la date de livraison n’est pas respectée, vous disposez du droit de résoudre le contrat et d’exiger un remboursement sous 14 jours.

SituationArticle du CodeAction possibleDélai
Aucune date de livraison indiquéeL216-1Exiger la livraison dans les 30 jours30 jours maximum
Date de livraison dépasséeL216-6Suspendre le paiement restantImmédiat
Après mise en demeureL216-6Résolution du contratDélai raisonnable fixé par vous
Contrat résoluL216-7Remboursement intégral14 jours maximum

La procédure à suivre étape par étape

Première étape : adresser une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Dans ce courrier, fixez un délai supplémentaire raisonnable au vendeur pour effectuer la livraison. Huit à quinze jours constituent généralement un délai acceptable. Précisez les références de votre commande, le montant payé, la date d’achat et la date de livraison initialement prévue.

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Si le vendeur ne réagit pas dans le délai imparti, passez à l’étape suivante : demander la résolution du contrat par une nouvelle lettre recommandée. Informez le professionnel que vous considérez le contrat comme rompu dès réception de votre courrier. Il dispose alors de 14 jours pour vous rembourser intégralement. Au-delà, des pénalités s’appliquent automatiquement : 10% si le remboursement intervient dans les 14 jours suivants, 20% entre 14 et 30 jours, puis 50% après ce délai.

Attention, la donne change radicalement quand l’entreprise se trouve en liquidation judiciaire. Dans ce cas, la procédure classique ne fonctionne plus. Il faut alors déclarer sa créance auprès du liquidateur judiciaire désigné par le tribunal. Mais soyons francs : l’efficacité de cette démarche reste très relative quand l’actif de l’entreprise a fondu comme neige au soleil.

Quand l’entreprise a déjà coulé : vos recours limités

Parlons cash : récupérer son argent après une liquidation judiciaire relève souvent du parcours du combattant. Le liquidateur va établir un ordre de priorité entre les créanciers, et les simples clients se retrouvent généralement en queue de peloton, derrière les salariés, le fisc et les banques. Les 246 victimes d’Electromust indemnisées en 2020 peuvent s’estimer chanceuses, mais la procédure a duré quatre ans.

Pour déclarer votre créance, vous devez envoyer au mandataire judiciaire un courrier détaillant votre préjudice, avec tous les justificatifs : bon de commande, preuve de paiement, échanges avec le service client. Le délai pour effectuer cette déclaration est strict et court à partir de la publication du jugement au BODACC. Passé ce délai, vous perdez toute possibilité de récupérer quoi que ce soit. Des forums d’entraide entre victimes se créent souvent dans ces situations, permettant d’échanger des informations et de monter des recours collectifs. Mais l’absurdité du système saute aux yeux : les consommateurs, pourtant protégés par la loi, se retrouvent les dindons de la farce quand le vendeur fait faillite.

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Les signaux d’alarme pour repérer le prochain Electromust

Comment éviter de tomber dans le même piège ? Certains signaux d’alarme auraient dû alerter les clients potentiels d’Electromust :

  • Des avis clients exclusivement positifs, sans aucune critique, ce qui relève souvent de la manipulation
  • Un service après-vente impossible à joindre avant même d’avoir passé commande
  • Une absence totale de retours sur les forums indépendants de consommateurs
  • Des prix cassés sans justification claire, bien en dessous de la concurrence
  • Des mentions légales floues ou incomplètes sur le site marchand

Nous avons collectivement péché par naïveté face aux belles vitrines numériques. Un site web soigné ne garantit absolument pas la solidité financière de l’entreprise qui se cache derrière. Vérifier la santé économique d’une société via des sites comme Societe.com ou Infogreffe prend cinq minutes. Cinq minutes qui peuvent vous éviter des mois de galère et des centaines d’euros perdus.

Se protéger avant d’acheter : les réflexes à adopter

Privilégiez systématiquement le paiement par carte bancaire plutôt que le virement. En cas de problème, vous pouvez demander un chargeback (rétrofacturation) auprès de votre banque dans un délai de 13 mois après le débit. Cette procédure reste méconnue mais peut sauver la mise quand le vendeur refuse de rembourser. Conservez scrupuleusement tous vos justificatifs : confirmation de commande, échanges de mails, captures d’écran.

Les marketplaces comme Amazon ou Cdiscount offrent des garanties supplémentaires grâce à leur système de protection des acheteurs. Certes, les prix peuvent être légèrement supérieurs, mais vous achetez aussi de la sécurité. Avant de valider votre panier, prenez le temps de lire les conditions générales de vente, vérifiez les mentions légales, assurez-vous que le numéro SIRET est bien affiché. Ces vérifications basiques filtrent déjà une bonne partie des sites douteux.

L’affaire Electromust nous rappelle une vérité désagréable : sur internet, la méfiance reste le premier rempart du consommateur, car même les meilleures lois ne protègent pas contre la faillite du vendeur.

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